L’enfant grondé

By Victor Laprade

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Je t’ai grondé !… trop fort peut-être !

Et je me sens tout soucieux

En voyant grossir dans tes yeux

Ces deux larmes que j’ai fait naître.

Je m’étais trop vite irrité

D’un tort pur de toute malice :

C’est oubli, c’est légèreté,

Et ton cœur n’était pas complice.

Je t’aurai dit, dans mon émoi,

Quelque vive et dure parole…

Mon bon enfant que je désole,

Va ! j’en souffre encor plus que toi.

Qu’il en coûte d’être sévère !

Tâche, ami, de te souvenir

Du chagrin que se fait ton père

Quand il faut gronder et punir.

Garde sa douloureuse image

Dans ton petit cœur bien aimant ;

Si tu songes à ce moment,

Tu seras toujours, toujours sage !

Oh oui ! c’est la dernière fois

Que tu fais mal et que je gronde.

Tu m’as bien compris, je le vois ;

Tu relèves ta tête blonde,

Tu t’élances sur mes genoux…

Viens, viens ! c’est moi qui te rappelle ;

Vite, oublions notre querelle,

Mon cher petit, embrassons-nous !