Les adieux d'hélène
Written 1801-01-01 - 1815-01-01
Tu dors, ô Ménélas ! et la liquide plaine
Balance le vaisseau qui doit ravir Hélène.
Sur les parquets de cèdre, effleurés en tremblant,
Elle posait dans l'ombre un pied furtif et lent ;
Un obstacle imprévu l'arrête… elle frissonne…
Hélas ! ses mains touchaient le berceau d'Hermione.
Le ciel pour la punir lui gardait ces adieux.
« O ma jeune Hermione, ô fille aimable et chère !
Dit-elle, ma faveur te demandait aux dieux ;
Et je pars ! et demain tu n'auras plus de mère ! »
A ces mots, l'œil baissé, tout entière à son deuil,
Du palais conjugal elle passe le seuil,
Et répète, en gagnant les rives écartées :
« O Pudeur ! où fuis-tu quand tu nous as quittées ? »
Des astres de la nuit brillaient les feux naissants :
Hélène, à leurs clartés, contemple cette terre,
Ces prés, ces eaux, témoins de sa fuite adultère ;
Et sa douleur s'exhale en ces tristes accents :
« Couvrez-vous d'un long deuil, odorantes prairies
Qu'au jour de mon hymen mes compagnes chéries,
La corbeille à la main, dépouillèrent de fleurs !
Péris, arbre sacré, qui fus l'arbre d'Hélène,
Péris ! que des Autans l'impétueuse haleine
Sèche ton vert feuillage et fane tes couleurs !
Je ne reverrai plus ton fortuné rivage,
Bel Eurotas ! adieu. Vous, cygnes de ces bords,
Dont un dieu pour ma mère emprunta le plumage !
Formez avant le temps d'harmonieux accords ;
Que d'échos en échos votre chant se répète,
Et porte mes regrets aux nymphes du Taygète. »
Elle aperçoit alors ces platanes nombreux
Qui du long Céramique ornent le sein poudreux.
C'est là que devant elle une foule en extase
Oubliait pour lavoir les combats du Gymnase ;
C'est là que les vieillards se redisaient entre eux :
« Qu'elle est belle ! et combien Ménélas est heureux ! »
Plus loin, à ses regards, sur la haute colline,
De Minerve apparaît la demeure divine.
Elle rougit ; baissant la tète sur son sein,
Elle tourne ses pas vers le temple prochain :
Ce temple est à Vénus, mais à Vénus armée.
Hélène alors s'arrête : interdite, alarmée,
Elle croit que déjà la déesse en fureur
De ses futurs destins lui présage l'horreur ;
Elle croit, dans l'effroi dont son âme est saisie,
Voir les feux de l'autel s'élancer vers l'Asie.
Soudain Pâris accourt, d'espérance enflammé ;
Autour de lui s'exhale un nuage embaumé :
« Viens, tout est prêt ; Thétis a reçu mon offrande ;
Le zéphyr nous appelle, et la mer te demande.
Viens, ô ma belle amante, ô fille de Léda !
Vénus veille sur nous des hauteurs de l'Ida,
Des mortels ni des dieux ne crains plus la colère :
Vénus est ma déesse, et Priam est mon père. »
Il dit ; la triste Hélène, en soupirant tout bas,
De son nouvel époux suit lentement les pas,
Non sans redire, au bruit des ondes agitées :
« O Pudeur ! où fuis-tu quand tu nous as quittées ? »