Les Apaiseurs

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

Le silence et la solitude,

Les ténèbres et le secret

Sont les apaiseurs du regret,

Du doute et de l'inquiétude.

À creuser le songe on n'extrait

Que l'ironique incertitude.

Le monde, un moment, vous distrait

Avec sa folle multitude,

Mais, lorsqu'on en a fait l'étude,

On en retrouve le portrait

Dans sa propre vicissitude.

Au contraire, univers discret,

Sans mensonge, sans turpitude,

La nature a tant d'intérêt,

De grâce, de sollicitude

Dans ses détails, son amplitude,

Que l'on s'oublie à son attrait.

La tristesse, au creux d'un guéret,

Devient de la bonne hébétude,

Et le vol d'un chardonneret

Vous remplit de mansuétude.

On vieillit comme une forêt

Sans guetter sa décrépitude,

Et l'on trouve son mal moins rude,

Très douce, la mort apparaît,

Quand, par volontaire habitude,

On cherche l'ombre et le secret,

Le silence et la solitude.