Les aumonières

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Sur la grève qu'avaient souillée

Les conquérants et les héros,

Près de la mer pacifiée

Pleine des frissons auguraux,

Les poings perdus dans les crinières

De leurs chevaux roses et blancs,

C'étaient les bonnes aumônières

Qui reviennent tous les mille ans.

Cymodoce, Aglaure, Euryanthe,

Au caprice d'un galop fou

Elles passaient ; leur flamboyante

Chevelure brûlait leur cou.

Lèvres douces comme la soie,

Lumineuses comme les cieux,

Elles chantaient un chant de joie

Vers l'Océan mystérieux.

Tandis que vibraient des abeilles

Autour des étalons loyaux,

Elles plongeaient dans des corbeilles

Leurs bras riches de lourds joyaux

Et brandissant leurs mains sacrées,

Bonnes au yeux chargés de pleurs,

Parmi les vagues empourprées

Semaient d'impériales fleurs ;

Car les coroles millénaires

Éparses en vol d'Orient

Calment les antiques colères

Et charment le vieil Océan.