Les beaux pommiers
Written 1918-01-01 - 1918-01-01
Les beaux pommiers de la saison,
Chargés de blanc, chargés de rose,
Sentent bon jusqu'à l'horizon,
Et nous font sourire sans cause.
Les pommiers de mai, dans la cour,
Devant la ferme blanche et grise,
Les pommiers autour de l'église
Se sont mis en fleurs pour l'amour.
Leurs bouquets s'offrent au jeune âge
Quand les jours sont de longs matins.
Entre deux baisers clandestins,
On s'est promis le mariage.
‒ Hélas ! Qu'a-t-on fait des garçons ?
Depuis que les filles sont seules,
Ni les cerises ni les meules
N'ont entendu chanter chansons.
Devant la derme blanche et grise,
Les beaux pommiers qui sentent fort.
Les pommiers autour de l'église
Se sont mis en fleurs pour la mort.
Elle a vêtu sa robe noire,
La fiancée au gai coup d'œil,
Les pommiers, couronnes de deuil,
Se sont mis en fleurs pour la gloire.