Les casques

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

C'est une nation militaire, voilà !…

Le casque en est le fond : le casque en est le signe

En habits de conquête, en habits de gala,

La mode le protège, ainsi que la consigne.

La pointe en est superbe et menace les cieux ;

Retournée à propos, elle lui sert de base ;

Suivant l'occasion, ce casque audacieux

Tiendra lieu de marmite… ou de tout autre vase.

Le Prussien naît et meurt, et son casque le suit ;

Le fris donne une larme au casque de son père ;

Le bourgeois, pour dormir, met son casque de nuit ;

Sa moitié met le sien, et les deux font la paire.

L'amant offre à sa belle et son casque et son cœur !

Le casque lui mérite un baiser sur la joue ;

S'il ose t'embrasser sans ce casque vainqueur,

O Gretchen, tu rougis et tu lui fais la moue !

L'illustre homme d'état, voleur de nations,

Qui, pour couvrir ses vols, méditait le carnage,

A mûri lentement ses machinations,

Sous un casque qui date au moins du moyen âge !

Guillaume, enfin, parmi ses officiers fringants,

(J'ai de mes propres yeux vu ce tableau fantasque),

Pour aller au théâtre, avait un frac, des gants ;

Comme vous, comme moi… mais il avait son casque !