Les Cheveux champêtres

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

En plein air, sans une épingle,

Ils aiment à paresser,

Et la brise qui les cingle

A l'air de les caresser,

Ils vont sous les branches torses

Des vieux chênes roux et bruns,

Et la feuille et les écorces

Les grisent de leurs parfums.

Dans la campagne déserte,

Au fond des grands prés muets,

Ils dorment dans l'herbe verte

Et se coiffent de bluets ;

Le soleil les importune,

Mais ils aiment loin du bruit

Le glacis du clair de lune

Et les frissons de la nuit.

Comme les rameaux des saules

Se penchant sur les marais,

Ils flottent sur ses épaules,

À la fois tristes et frais.

Quand, plus frisés que la mousse,

Ils se sont éparpillés,

On dirait de l'or qui mousse,

Autour des blancs oreillers.