Les Cloches du soir

By Auguste Lacaussade

Written 1839-01-01 - 1839-01-01

Quand des cloches du soir la voix mélancolique

Rappelle à sons plaintifs, sous leur chaume rustique,

Le pâtre et ses troupeaux dans les champs dispersés ;

De mes ans révolus le souvenir s'éveille ;

Et dans les voix du soir je crois prêter l'oreille

A la voix de mes jours passés.

Où sont mes jeux d'enfant ? Craintives hirondelles,

Vers des climats d'azur ouvrant leurs faibles ailes,

Avec mes beaux printemps ils se sont envolés ;

Ils ont craint des hivers les haleines trop rudes…

Oh ! revenez parfois peupler mes solitudes

Doux fantômes des jours passés !

Où sont mes compagnons d'amour et de jeunesse ?

Le ciel qui les aimait a trahi sa promesse ;

Les meilleurs dans la mort reposent embrassés ;

De ceux qui restent l'âme est oublieuse et fière…

Rappelez à mon cœur leur tendresse première

Douces voix de mes jours passés !

Où donc est cette enfant toute blonde et naïve

Que j'aimais jeune encor d'une amitié si vive ?

Du sentier des douleurs ses pas sont effacés ;

Et des cloches du soir, dans ta sombre demeure,

Tu n'entends plus la voix qui vibre et qui te pleure,

Doux sylphe de mes jours passés !

O cloche, qui jadis, comme une sainte mère,

Me rappelais la nuit pour dire ma prière ;

Quand la chaleur fuira de mes membres glacés,

Que ton accent plaintif m'arrive et me console ;

Au ciel avec tes sons que mon âme s'envole,

Douce voix de mes jours passés !