Les cloches et les larmes

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

Sur la terre où sonne l’heure,

Tout pleure, ah ! mon Dieu, tout pleure.

L’orgue sous le sombre arceau,

Le pauvre offrant sa neuvaine,

Le prisonnier dans sa chaîne

Et l’enfant dans son berceau ;

Sur la terre où sonne l’heure.

Tout pleure, ah ! mon Dieu, tout pleure.

La cloche pleure le jour

Qui va mourir sur l’église,

Et cette pleureuse assise,

Qu’a-t-elle à pleurer ?… L’amour.

Sur la terre où sonne l’heure,

Tout pleure, ah ! mon Dieu, tout pleure.

Priant les anges cachés

D’assoupir ses nuits funestes

Voyez, aux sphères célestes,

Ses longs regards attachés.

Sur la terre où sonne l’heure,

Tout pleure, ah ! mon Dieu, tout pleure.

Et le ciel a répondu :

« Terre, ô terre, attendez l’heure !

J’ai dit à tout ce qui pleure.

Que tout lui sera rendu. »

Sonnez, cloches ruisselantes !

Ruisselez, larmes brûlantes !

Cloches qui pleurez le jour !

Beaux yeux qui pleurez l’amour !