Les Danaïdes

By Auguste Lacaussade

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

Nous n'aimons plus ! Où donc est cet âge vanté,

Quand des fleurs nous gagnaient le cœur de la beauté ;

Quand le nid d'un oiseau, des fruits, le lait des chèvres,

Faisaient baisser les yeux et sourire les lèvres ?

Les blancs ramiers alors servaient de messagers ;

Mais, ô ramiers ! ô cœurs ! les temps vous ont changés.

Les hommes sont grossiers, les femmes sont vénales ;

On préfère au bonheur les voluptés banales :

L'une veut ton amour, l'autre veut plus encor ;

Celle-ci veut des vers ; — toutes veulent de l'or !

Dans votre âme sans fond, en vain, ô Danaïdes !

J'ai tout jeté, mon cœur, mes chants, mes dons candides.

Aujourd'hui, comme vous, je veux d'un sort meilleur :

De fou je deviens sage, et de tendre, railleur ;

Et, bien que j'aime encor l'éclat des noires tresses,

Un corps souple, des yeux aux humides caresses,

Aujourd'hui, palpitant sous un regard vainqueur,

Je vous puis tout donner, tout, — excepté mon cœur !