Les deux Couronnes

By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

QU'ON laisse Timour gouverner la terre,

Qu'il soit le grand roi !

Moi, je mets ma gloire, au sein du mystère,

A vivre pour toi.

Qu'il fasse plier l'Asie à ses armes,

Et l'Europe avec !

Je me crois plus riche, ayant les seuls charmes

De ton profil grec.

Qu'il compte dans l'air l'acier qui flamboie,

Quand il dit : « Je veux ! »

J'aime mieux compter les longs fils de soie

Qui sont tes cheveux.

Qu'il soit enivré du son des trompettes,

Des cris du vautour !

J'aime mieux, tout bas, que tu me répètes

Quelque mot d'amour.

Il est seul, ce dieu, seul sur la poussière

Des hommes broyés.

Plus que son palais, ma hutte est princière ;

J'y vis à tes pieds.

Pour se rafraîchir, après le ravage,

Il n'a que du vin.

Quand ma lèvre a soif, elle a pour breuvage

Ton baiser divin.

Si Timour savait combien ta caresse

Fait de bien au cœur,

Esclave il voudrait t'avoir pour maîtresse,

Timour le vainqueur.

Mais il n'en sait rien, il est trop superbe,

Il fait trop de bruit.

Oh ! cachons-nous bien, cachons-nous dans l'herbe !

L'amour veut la nuit.