Les deux mulets
Written 1678-01-01 - 1694-01-01
Deux mulets cheminoient, l'un d'avoine chargé,
L'autre portant l'argent de la gabelle.
Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchoit d'un pas relevé,
Et faisoit sonner sa sonnette,
Quand, l'ennemi se présentant,
Comme il en vouloit à l'argent,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein, et l'arrête.
Le mulet, en se défendant,
Se sent percer de coups ; il gémit, il soupire.
Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avoit promis ?
Ce mulet qui me suit du danger se retire,
Et moi j'y tombe et je péris ! ‒
Ami, lui dit son camarade,
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi ;
Si tu n'avois servi qu'un meunier, comme moi,
Tu ne serois pas si malade.