Les deux poètes

By Armand Renaud

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

DANS Arezzo, la ville élégante et polie,

Deux des plus fins rimeurs qui dans ses murs soient nés,

Parfois, lorsque dans l'ombre elle est ensevelie.

Aiment à revenir, spectres abandonnés.

C'est Pétrarque, rêvant avec mélancolie

Aux baisers qui jamais ne lui furent donnés ;

C'est l'Arétin, dont l'âpre et cynique folie

Lui vante la chair nue, en lui riant au nez.

Et Pétrarque, évoquant des formes enlacées.

Sent un amer regret de tant d'heures passées

Sur le seuil toujours clos d'un Éden décevant ;

Tandis que le bouffon qui se rit de ses plaintes,

Songeant par quel néant ont fini unt d'étreintes,

L'envie au fond, pour son amour toujours vivant.