Les espions

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

En France on meurt pour la patrie.

On espionne en Prusse !… bien !

Nos mépris pour cette industrie

Semblent étonner le Prussien.

A Berlin, quand on est en âge,

Les travaux d'écolier finis,

On entre dans l'espionnage.

Comme dans les droits réunis.

On y risque des algarades…

Mais, si l'on a quelque bonheur,

On y peut conquérir ses grades

Avec des potences d'honneur !

« Va te battre !… » dit la Française

Dans un élan de passion ;

La Prussienne, en se pâmant d'aise,

Dira : « Va te faire espion ! »

Les plus grands comme les plus minces ;

Nous viennent tendre leurs filets ;

Tels, qui là-bas étaient des princes,

Deviennent ici des valets !

Bismark, pour entrer en campagne,

D'une bible les a munis ;

Leur père a dit : « Dieu t'accompagne !… »

Et leur mère les a bénis !

C'est le termite, qui nous mine

Jusque sous l'ombre du drapeau ;

C'est la lèpre, c'est la vermine,

Qui se faufile sous la peau !

S'ils meurent, sur leur cénotaphe

On montre à ceux qui vont partir

Cette glorieuse épitaphe :

« Ci-gît un espion martyr ! »