Les flambeaux

By Louis Bouilhet

Written 1859-01-01 - 1859-01-01

Du sage qui médite et pèse, en soupirant,

Les choses de la vie,

L'huile onctueuse, au bord du vase transparent,

Éclaire l'insomnie !

Couronné de verveine, et tout léger d'espoir,

Entre ses mains joyeuses,

L'hyménée, en chantant, secoue au vent du soir

Les torches résineuses !

Berçant sur les festin son gracieux essor,

La lampe parfumée

Semble voguer dans l'air, comme un navire d'or

A la poupe enflammée !

La taverne, accroupie au pied du Quirinal,

Rayonne sur la rue,

Et fait voir au passant, sous son rouge fanal,

La courtisane nue !

Le feu de l'atrium, en ses bonds indécis,

Tremble, sous le portique,

Et jette un gai reflet aux pénates assis

Près du foyer antique !

Le hardi nautonnier qui, sur les flots amers,

Creuse un sillon d'écume,

A le phare éclatant, dont la brise des mers

Tord l'aigrette qui fume !

Les dieux ont les soleils qui gravitent, sans bruit,

Loin du monde où nous sommes ;

Mais le puissant César, pour éclairer sa nuit,

Fait allumer des hommes !

Il ordonne : et, soudain, comme d'un linceul noir,

Couverte de résine,

La victime enflammée illumine, le soir,

Les jardins de Sabine !

On entend dans les airs, parmi les chants joyeux,

Monter les cris sans nombre

De ces flambeaux vivants qui luttent sous les feux

Et qui hurlent dans l'ombre !

Sabine, cependant, guide un rapide char,

Par la longue. avenue,

Ou laisse errer ses doigts sur le luth de César,

Rêveuse et demi-nue !