Les fleurs noires

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Au bord de quels sinistres lacs d'eau lourde et sombre,

O ténébreuses fleurs plus vastes que la mort,

Les dieux muets du soir et les dieux froids du nord

Tissent-ils votre robe d'ombre ?

Vos abîmes de nuit dévorent le soleil ;

Le jour est offensé par vos voiles de veuves

Et vous avez puisé sans peur aux mornes fleuves

L'onde farouche du sommeil.

O fleurs noires, le vent de l'aube vous balance :

Mais nul parfum d'amour ne s'exhale de vous,

Chères, et vous versez dans les cœurs las et fous

L'incantation du silence.

La vie épand en vain ses perfides douceurs ;

La pourpre du printemps inutile flamboie :

Votre deuil rédempteur libère de la joie ;

Salut, impérieuses sœurs.

Je vous aime et je veux dormir, soyez clémentes :

Je ne troublerai pas votre calme immortel

Et, là-bas, j'oublierai, loin du jour et du ciel,

La bouche rouge des amantes.