Les funérailles
Written 1920-01-01 - 1920-01-01
Cette fête riche de fleurs,
Fête noire, maman, dont c'est toi l'héroïne,
D'un sanglot refréné nous remplit la poitrine.
Pauvre petit troupeau, dites toutes, mes sœurs ?
Ce char qui va, plein de lenteurs,
Pourquoi donc traîne-t-il tant de femmes en pleurs ?
Beau jardin d'été, cimetière,
Voici ta porte ouverte en triomphe pour nous.
Nous avons traversé la ville tout entière.
Paris a salué maman dans la lumière,
Et le matin était très doux
Pour la morte passant dans sa noire litière
Nous faut-il ainsi, pas à pas,
Te mener vers la terre où l'on descend si bas ?
" De moi la plus petite à notre sœur l'aînée,
C'est de tes flancs, maman, que notre troupe est née,
Et nous ne te sauverons pas .
A l'heure du tombeau, dernière destinée ?
Le voici, mon Dieu, ce caveau !
On l'a rouvert pour elle à côté d'un bel arbre.
Descendre là-dedans tandis qu'il fait si beau !
Quelque chose s'éteint comme un dernier flambeau…
Amen ! Que dans l'ombre et le marbre
S'accomplisse l'horreur de la mise au tombeau
Du moins, sous la grande blessure,
Nous n'aurons pas fui, nous, comme les autres font.
Maman ! Maman ! Voici tous tes enfants en rond.
Nous nous penchons pour voir le cercueil jaune et long
Qui, par la dernière fissure,
Semble encore crier vers nos,visages : — « Non ! »
Maçons, maçons, allez moins vite !
Vous ne savez donc pas que vous murez maman,
Que votre plâtre affreux, votre horrible ciment
Nous ferment à jamais la porte de son gîte ?
… Maman !… Oh ! la pauvre petite !…
— Allons-nous en, mes sœurs. C'est fait. Allons-nous en.