Les genets
Written 1893-01-01 - 1893-01-01
Sur ces balais — stupidement — dressés du sol
S'est abattu tout un doux vol.
Pour se poser — sur ces balais, — dans la campagne,
Des papillons viennent d'Espagne.
Des papillons — qui sont des fleurs, — des fleurs qui sont
Des papillons ! Essaim ? Buisson ?
Sont-ils des fleurs ?— Sentez leur souffle ! — Ou bien sont-elles
Des papillons ? Voyez leurs ailes !
Papillons-fleurs ; — ces papillons — se sont, légers,
Sur chaque brindille étagés !
Les gros en bas, — et, tout en haut — de chaque tige,
Le plus petit de tous voltige !
Et tout ce vol — de papillons — tout palpitants
S'installe là pour quelque temps.
Et maintenant, — les vieux balais — ont une housse,
Et répandent une odeur douce :
Ça sent si bon — que c'est toujours — comme si on.
Attendait la procession !
Et cette odeur — s'en va troubler — toute la lande,
Car le vent fait la propagande.
Balais ! balais ! — qui vous eût dit, — balais piteux,
Que vous seriez si capiteux ?
Et tout d'un coup— (mais quel besoin — des fleurs ont-elles
Étant des fleurs, d'avoir des ailes ?)
L'essaim doré, — qui se souvient — d'être espagnol,
Prend au vent d'Espagne son vol !
Que reste-t-il — de l'or vivant, — des ailes douces ?
Quelques noires petites gousses !
Vous n'avez plus — qu'à frissonner, — genêts frileux,
En nous offrant, des balais bleus,
Des balais bleus — pour balayer — devant nos portes
L'amas prochain des feuilles mortes !
Balais ! balais ! — pauvres genêts, — vous êtes laids !
Vous n'êtes plus que des balais !
Et vainement — vous murmurez, — ne pouvant croire
A la fuite de tant de gloire :
« Qu'est-ce que c'est — que ces fleurs-là — qui fuient aux vents
Il faut consulter les Savants !»
« Que voulez-vous ! » — vous répondront — leurs voix cassées,
« C'est des papilionacées !
« Il faut avoir, — quand on a peur — de ces douleurs,
Des fleurs qui ne soient que des fleurs !
« Mais quand on veut — des fleurs en or — ayant des ailes,
On sait à quoi s'attendre d'elles ! »