Les Gouttes de Sang

By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

BULBUL chantait, chantait sans trêve

Dans la forêt.

Mieux vaut le mal que fait un glaive,

Tant il souffrait ;

Tant de son gosier qu'il déchire

Il arrachait

Des accents comme n'en soupire

Aucun archet.

Et l'eau qui court, le vent qui passe,

L'arbre aux longs bras,

Tout lui disait : « Finis, par grâce !

Ou tu mourras.

« Vois ! déjà ta poitrine éclate,

Le sang reluit ;

Et par la blessure écarlate

Ton cœur s'enfuit. »

Pourtant Bulbul, sans rien entendre

A leurs discours,

Sur un ton langoureux et tendre,

Chantait toujours.

Et plus la Rose rigoureuse

Le dédaignait,

Plus la voix était amoureuse,

Plus il saignait ;

Car à mesure que les gouttes

Tombaient du cœur,

Sur l'aimée elles allaient toutes

Briller en chœur,

Et chaque fois, prêtant une arme

A sa beauté,

Retenaient Bulbul sous un charme

Ensanglanté.