Les hirondelles de mer

By Jean Richepin

Written 1894-01-01 - 1894-01-01

La mer n’est plus terne,

Le soleil renaît.

Car voici le sterne

Et le martinet.

Leurs pattes à peine

Se voient à leur flanc.

Leur dos est d’ébène,

Et leur ventre blanc.

Leur vol qui zigzague

Fuit, capricieux,

Du ras de la vague

Au plus haut des cieux,

Et, par lignes droites

Où vont s’allongeant

Leurs ailes étroites,

Semble en y plongeant

Au bleu de l’espace

Comme au vert des eaux

Donner quand il passe

Des coups de ciseaux.

Coupez, coupez ferme

Et d’un geste sûr

Le voile où s’enferme

Le timide azur.

Coupez de votre aile

Le brouillard dernier

Où le printemps frêle

Reste casanier.

Afin qu'il soit brave

Comme vous, oiseaux,

Coupez son entrave

De vos noirs ciseaux.

Aux trous que vous faites

Qu’il regarde un peu

Sur la mer en fêtes

Le soleil en feu.

Et qu’il apparaisse,

Délivré par vous,

Montrant la caresse

De ses grands yeux fous !