Les horreurs de la guerre
Written 1870-01-01 - 1870-01-01
O siècle de progrès ! ô siècle de lumière !
Qui voulais rapprocher, sous ta grande bannière,
Les peuples réunis par les liens étroits
De la paix bienveillante et du respect des droits !
O toi, qui construisais un superbe édifice
Et qui gravais ces mots sur son haut frontispice :
« Honorons le travail, aimons la liberté,
» Et tous nous grandirons dans la fraternité ! »
Ton édifice, ô siècle, est tombé dans la poudre,
Détruit et consumé par des éclats de foudre.
Et l'on voit aujourd'hui, vers le tison fumant,
Tes enfants consternés d'un tel embrasement !
O siècle vaniteux, fier de tes découvertes,
De tes inventions, de tes prodiges ! — Certes,
Tu ne t'attendais pas aux spectacles affreux
Que la guerre nous offre en ces jours malheureux.
Ce n'est pas seulement les mortelles alarmes,
L'épouvante, l'effroi, le sort cruel des armes,
La défaite, la honte, ou la captivité,
Le pillage et le vol… c'est la férocité !
La guerre, n'est-ce pas ? cruautés sans pareilles,
Des femmes, des enfants que l'on tue à Bazeilles ?
Des hommes fusillés, là, derrière un buisson,
Pour avoir défendu leur grange, leur maison ?
Quand parmi les débris de quelque infanterie
Vient passer au galop la lourde artillerie,
Les chevaux bondissant, malgré tous leurs écarts,
Sont forcés de marcher sur des membres épars !
Que de gémissements étouffés sous la roue
Des caissons, des affûts, qu'on traîne dans la boue !
Oui, mon Dieu, des mourans, des blessés écrasés,
Des cadavres, enfin, sous des toits embrasés !
Que la guerre, ô mon Dieu ! que la guerre est horrible !
Ah ! de tous les fléaux, c'est bien le plus terrible.
Il endurcit les cœurs et transforme nos mains
En instruments maudits, odieux, inhumains !
La guerre est un tissu d'ignoble barbarie,
De monstruosités et de sauvagerie.
La médaille ou la croix qu'on donne aux vétérans
Est un jeton menteur frappé par les tyrans !