Les ïambes

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Toi qui ressuscitas la forme rajeunie

De l'ïambe retentissant,

Que ne te suis-je proche encor par le génie,

Comme je le suis par le sang !

Ah ! c'est toi qu'il fallait à la France navrée.

Pantelante, livrée aux chiens !

Le fouet qui fustigea la meute à la curée

Eût été bon pour les Prussiens !

Mes vers n'ont effleuré que d'une insulte vaine—

Ce Guillaume un moment vainqueur ;

Jamais il n'atteindront au niveau de la haine

Qui s'amoncelle dans mon cœur !

Te dirai-je ma crainte ?… A voir 'changer de rôles

Nos envahisseurs envahis,

J'ai peur qu'au premier jour quelques-uns de ces drôles

Ne retournent dans leur pays !

Morts ou vivants, il faut qu'ils nous restent !… Nos plaines

Auront les morts ad æternum ;

Les vivants serviront à remplacer les hyènes,

Dans les cages du Muséum.

Voilà ce que ton vers, en ses ardentes flammes,

Dirait à ces Huns au poil roux,

A ces bandits pleurards, à ces tueurs de femmes,

A ces saints voleurs de bijoux !

Ah ! retrouve en ton cœur l'accent qui vaut des armes !

Chante et maudis comme autrefois !

Je m'arrête épuisé ; la fureur et les larmes

Ont fini par briser ma voix !

Sa vigueur s'est usée à raconter l'histoire

De leurs forfaits, de nos revers ;

Elle sera sans force a chanter la victoire

Que je devance dans mes vers !

Fais entendre la tienne, éclatante et sonore,

Dans le tumulte du combat !…

Quand Tyrtée est en nous et peut chanter encore,

Le poète vaut le soldat !