Les Jeunes

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Beaucoup de jeunes assassins

Couvant le meurtre dans leurs seins,

Charment de leur front taciturne

Le ciel nocturne.

Ils se traînent le long d'un mur.

La lune qui luit dans l'azur

Argente, plus verte que l'herbe,

Leur joue imberbe.

Ici Polyte encore enfant,

A l'air candide et triomphant,

Terrasse une vieille et la vole,

Et puis s'envole.

Plus loin, c'est le petit Loulou

Déjà meurtrier et filou,

Qui, rose avec un œil qui brille,

Semble une fille.

Chérubin triste au poil naissant,

Il se jette sur un passant

Dont l'habit cossu le renseigne,

Et vous le saigne.

Et puis, dans un bouge rieur

Du boulevard extérieur

Il s'en va, pâle encor du drame,

Trouver sa femme.

Joyeux, il la saisit aux flancs

Avec ses doigts encor sanglants,

Et baise sa joue éraillée

Et maquillée.

Et tous les deux, le front pesant,

Ils boivent, en s'entre-baisant,

Une eau-de-vie épouvantable

Qui les accable.

Et Loulou murmure tout bas :

Cache cet or dans ton vieux bas.

J'ai fait une bonne rencontre ;

Tiens, vois la montre !

J'ai mes dix-sept ans révolus :

Donc l'atelier, il n'en faut plus.

Assez de travail et de jeûnes.

Quoi ! place aux jeunes !