Les lys
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Vous vous souvenez bien de ce chaud jour d'été ?…
De grands bouquets de lys illuminaient la chambre
Obscure et fraîche un peu… J'avais mon collier d'ambre…
Il y a presque un an… mon cœur est arrêté
Depuis… Des arbres en fleur l'odeur pénétrante
Montait par la fenêtre, avec la plainte lente
Des pigeons du jardin… L'orage menaçait…
Et distraits, nous parlions… De quoi ?… Est-ce qu'on sait !
De tout, et puis de rien… Du soleil… de l'ondée…
Je crois vous avoir dit : « Ces lys sentent bien fort »…
Sans répondre à cela vous m'avez regardée
D'un regard si pesant… que, presque avec effort,
J'ai détourné les yeux… Il y eût un silence
De mortelle douceur, glissant entre nous deux
Avec l'odeur des lys, et comme émané d'eux…
Le temps ne fuyait plus, car la tendre assonance
Des mots inexprimés suspendait sort essor…
Je défaillais… Pourquoi ?… Nous n'avions aucun tort…
Je n'oublierai jamais cet instant de silence,
Où, sans m'en rendre compte, en complète innocence,
J'ai ressenti l'amour… et vous, vous le saviez…
Trouble délicieux dont nous fûmes liés
Sans nous être rien dit ! Emprise ineffaçable
D'avoir été muette !… Ah ! béni soit le dieu
Qui fit, dans un instant de notre vie instable,
Tenir tout l'univers, pour nos cœurs, dans ce lieu !
Rien ne s'était passé… du moins, si peu de chose…
Ce fut, dans le tourment des jours, comme une pause.
Depuis, l'amour a toujours eu, pour moi, l'odeur
D'un jour d'été, d'orage, avec des lys en fleur…