Les modèles
By Albert Mérat
Written 1900-01-01 - 1900-01-01
Sans être peintre ni sculpteur,
Sinon peut-être en poésie,
J'ai pu rester à la hauteur,
Sans être peintre ni sculpteur ;
En aimant en admirateur
Cette race fine et choisie.
Sans être peintre ni sculpteur,
Sinon peut-être en poésie.
Mon Dieu ! l'Italie a du bon
Et même des yeux adorables :
Le diamant est du charbon.
Mon Dieu ! l'Italie a du bon.
Mais nos yeux de France, peut-on
Ne pas les trouver préférables !
Mon Dieu ! l'Italie a du bon
Et même des yeux adorables.
Si c'était Venise aux yeux d'or,
Mais c'est la campagne de Rome
Qui les envoie, ou pis encor.
Si c'était Venise aux yeux d'or !
Donc laissons-les dans leur décor,
Seul Paris mérite la pomme.
Si c'était Venise aux yeux d'or,
Mais c'est la campagne de Rome.
Or c'est à Montmartre qu'on fait
Sans même y songer, ces frimousses
Qui sont exquises en effet.
C'est à Montmartre qu'on les fait.
Je ne connais pas de buffet
Où friandises soient plus douces.
Or, c'est à Montmartre qu'on fait
Sans même y songer, ces frimousses.
Montparnasse lui-même peut
En faire de délicieuses
Qui savent marcher quand il pleut.
Montparnasse même le peut.
J'ai fait ce que modèle veut,
Tant elles sont malicieuses.
Montparnasse lui-même peut
En faire de délicieuses.
Dans des bottines sans quartiers,
J'ai connu des pieds de duchesses
A seize quartiers tout entiers
Dans des bottines sans quartiers,
Et qui faisaient de ces métiers,
Ces pauvres filles, ces déesses !
Dans des bottines sans quartiers
J'ai connu des pieds de duchesses ;
Des mains qui firent de mon cœur,
Ce qu'elles voulurent, merveilles
Que garde le marbre vainqueur !
Des mains qui prirent tout mon cœur,
Où chantaient comme dans un chœur
Des perfections sans pareilles !
Des mains qui firent de mon cœur
Ce qu'elles voulurent, merveilles !
Des seins sur qui l'on moulerait
Une coupe d'amour si belle
Que le roi de France y boirait,
Des seins sur qui l'on moulerait
Les bronzes divins dont l'attrait
Tente le larcin et l'appelle ;
Des seins sur qui l'on moulerait
Une coupe d'amour si belle !
Des torses jeunes et si beaux,
Qu'on referait les Aphrodites,
Si toutes étaient en lambeaux !
Des torses jeunes et si beaux,
Qui rallumeraient les flambeaux
Des religions et des rites !
Des torses jeunes et si beaux
Qu'on referait les Aphrodites !
Des têtes fines de Paris,
Qui sont souvent la beauté pure
Et qu'on ne saurait mettre à prix.
Des têtes fines de Paris,
Où sont résumés et compris,
Le maquillage et la nature.
Des têtes fines de Paris
Qui sont souvent la beauté pure.
Sans diplômes heureusement
Et sans certificats d'études :
On en fait de leur corps charmant.
Sans diplômes heureusement !
Et donnant intelligemment
Tout le rythme des attitudes.
Sans diplômes heureusement
Et sans certificats d'études.
Bonnes filles, bien que Vénus,
Psychés délicates, Dianes,
Blanche splendeur des marbres nus !
Bonnes filles, bien que Vénus.
Étoiles, astres ingénus,
De nos ciels fins et diaphanes.
Bonnes filles, bien que Vénus,
Psychés délicates, Dianes.
Joli livre que j'ai relu,
J'ai célébré votre louange
Moins bien que je n'aurais voulu.
Joli livre que j'ai relu,
Poème digne d'être élu
Par Raphaël et Michel-Ange.
Joli livre que j'ai relu
J'ai célébré votre louange.