Les mouettes
Written 1891-01-01 - 1891-01-01
O Mouettes ! ô passagères,
Mystérieux et blancs oiseaux,
Rasant de vos ailes légères
L'or des sables, le bleu des eaux ;
Vous que, dans les calmes lagunes,
En essaims clairs et palpitants,
Sur les rocs, aux pointes des dunes,
On voit se poser par instants ;
Et qui, toutes, quand le sol tremble
Sous les pas rares d'un passant,
Aussitôt, sur la brise, ensemble,
Fuyez d'un essor frémissant ;
Mélancoliques et sauvages
Amantes de l'infini bleu,
Qui ne quittez l'ombre des plages
Que pour rôder sur l'onde en feu,
Le Rêveur qu'égaye, ô Mouettes,
Votre vol aux méandres fous,
Demande parfois qui vous êtes :
Mouettes, qui donc êtes-vous ?…
Qui sait ? Peut-être des fantômes :
Les Ombres des vieux matelots
Partis pour de lointains royaumes
Et tombés au gouffre des flots,
Dont les âmes, après leur vie,
Fidèles à leurs deux amours,
Reviennent hanter la patrie
Et la mer de leurs premiers jours.