Les Ombres fidèles

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Avec ton souvenir qui accoude en mon songeAvec ton souvenir qui accoude en mon songe

La statue aux yeux clos et qui serait ton ombreLa statue aux yeux clos et qui serait ton ombre

Si ta voix n’était pas morte dans mes pensées,

Fraternels, et leurs mains entre elles enlacées,

J’ai dans mon souvenir, debout et face à face,

Anciens témoins et qui se parlent à voix basse,

L’un qui sourit encore à l’autre qui larmoie,

Le désir de la Mort, le désir de la Joie

Qui se tiennent ainsi et ne me quittent pas ;

Si je marche j’entends auprès de moi leurs pas ;

Partout où je me songe et partout où je vais

Ils me suivent, et l’un marche sur des pavés

De marbre taciturne où poussent des fleurs claires

Dès que l’autre après lui foule les sombres pierres.