Les parisiennes oubliées

By Albert Mérat

Written 1900-01-01 - 1900-01-01

Vous dont les grâces, me charmant,

Me semblaient en gerbe liées,

Je n'y vois plus distinctement :

Vous qui passez en me charmant.

Pardonnez l'éblouissement,

Parisiennes oubliées.

Vous dont les grâces, me charmant,

Me semblaient en gerbes liées.

Je n'ai point parlé de ceci,

De cela non plus, je l'avoue,

Je me livre à votre merci.

Je n'ai point parlé de ceci.

Ce poème est peu réussi,

J'en ai la honte sur la joue.

Je n'ai point parlé de ceci,

De cela non plus, je l'avoue.

A peine deux mots sur Doucet,

Devoir qu'on ne saurait enfreindre,

Je sais pourtant quel crime c'est ;

A peine deux mots sur Doucet.

Aussi quel diable me poussait

Lorsque j'ai tenté de vous peindre !

A peine deux mots sur Doucet,

Devoir qu'on ne saurait enfreindre.

Il me fallait être Watteau

Tout simplement, c'était facile ;

Coquettes du dernier bateau

Il me fallait être Watteau

Pour habiller dans un linteau

Votre silhouette gracile.

Il me fallait être Watteau

Tout simplement, c'était facile.

Belles qui valez autrefois,

Toutes vos robes sont exquises,

Sans le moindre effort je le vois,

Belles qui valez autrefois.

Fines et rares à la fois,

Vous êtes toujours des marquises.

Belles qui valez autrefois,

Toutes vos robes sont exquises.

En ce cas, comment se fait-il

Qu'on défaille sur vos toilettes ?

Il y faut un art très subtil.

En ce cas, comment se fait-il

Que mes pinceaux soient en péril

Quand vous conservez vos voilettes ?

En ce cas, comment se fait-il

Qu'on défaille sur vos toilettes ?

Cependant rien n'est plus joli

Qu'un simple costume de ville :

Le plumage d'un bengali.

Cependant rien n'est plus joli ;

Corsage collant sans un pli,

Vous avez mon culte servile.

Cependant rien n'est plus joli

Qu'un simple costume de ville.

Lorsque vos manches bouffent trop,

Comme des ailes aux épaules,

L'étriqué survient au galop,

Lorsque vos manches bouffent trop…

Vous savez, la manche à gigot

Joua jadis les premiers rôles.

Parfois vos manches bouffent trop,

Comme des ailes aux épaules.

La jupe est à faire rêver,

Et si loin de la crinoline

Que l'Empire seul put trouver !

La jupe est à faire rêver,

Collante et qui semble mouler

La jambe longue qu'on devine.

La jupe est à faire rêver,

Et si loin de la crinoline !

Le petit collet si coquet,

Est une invention charmante

Et fait de la tête un bouquet.

Le petit collet si coquet ;

Il vaut mieux, quand l'air est frisquet,

Que la mantille ou que la mante.

Le petit collet si coquet

Est une invention charmante.

Quant au chapeau, c'est l'irréel :

Il est mondain et bucolique,

Fleur, fanfreluche, oiseau du ciel.

Quant au chapeau, c'est l'irréel :

Fantasio, Puck, Ariel,

Dans un jardin zoologique.

Quant au chapeau, c'est l'irréel :

Il est mondain et bucolique.

Pour s'habiller il n'est que vous,

Quoi de plus simple qu'un prodige

Pour une mignonne aux yeux doux !

Pour s'habiller il n'est que vous.

Si je demeure à vos genoux,

C'est simple crainte du vertige.

Pour s'habiller il n'est que vous ;

Quoi de plus simple qu'un prodige ?