Les petits taureaux

By Maurice Rollinat

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Ils ont pour promenoir

Des vallons verts et mornes.

Quels prés, matin et soir,

Ils ont pour promenoir !

A peine à leur front noir

On voit poindre les cornes.

Ils ont pour promenoir

Des vallons verts et mornes.

Ils ne peuvent rester

Une minute en place.

Où qu'ils soient à brouter,

Ils ne peuvent rester.

Aussi font-ils pester

Le vacher qui se lasse.

Ils ne peuvent rester

Une minute en place.

Autour des grands taureaux

Tous trois font les bravaches !

Quels meuglements ! quels trots

Autour des grands taureaux !

Ils ne sont pas bien gros,

Mais ils courent les vaches !

Autour des grands taureaux,

Tous trois font les bravaches !

Chacun fait plus d'un saut

Sur la génisse blonde.

Pour elle quel assaut !

Chacun fait plus d'un saut.

Elle en a l'air tout sot,

La pauvre pudibonde.

Chacun fait plus d'un saut

Sur la génisse blonde.

Le pauvre petit chien

Fortement les agace.

Il est si bon gardien,

Le pauvre petit chien.

Si tous trois sont très bien,

Avec plus d'une agace

Le pauvre petit chien

Fortement les agace.

Il est estropié

Par les coups qu'il attrape,

A toute heure épié,

Il est estropié.

De la tête et du pied

C'est à qui d'eux le frappe.

Il est estropié

Par les coups qu'il attrape.

Quand ils sont altérés

Ils vont boire à la Creuse.

Ils s'échappent des prés

Quand ils sont altérés.

Oh ! les doux effarés

Sur la côte pierreuse !

Quand ils sont altérés,

Ils vont boire à la Creuse.

Ils marchent dans les buis,

Lents comme des tortues ;

Sur le bord où je suis

Ils marchent dans les buis.

Leurs pieds n'ont pour appuis

Que des roches pointues ;

Ils marchent dans les buis

Lents comme des tortues.

Moi, je fume, observant

Le liège de ma ligne

Qui bouge si souvent ;

Moi, je fume, observant ;

Eux, vont le mufle au vent,

La prunelle maligne ;

Moi, je fume, observant

Le liège de ma ligne.

Ils s'arrêtent fourbus

Sous l'orme ou sous le tremble.

Dans les endroits herbus

Ils s'arrêtent fourbus.

Joignant leurs nez camus

Ils se lèchent ensemble.

Ils s'arrêtent fourbus

Sous l'orme ou sous le tremble.

A vous ces triolets

Que j'ai faits sur la brande !

Chers petits bœufs follets,

A vous ces triolets.

Aux prés ruminez-les,

La saveur en est grande ;

A vous ces triolets

Que j'ai faits sur la brande

Oh ! quel charme ! C'était

Par une nuit d'automne ;

Le grillon chuchotait.

Oh ! quel charme c'était !

L'étang brun reflétait

La lune monotone.

Oh ! quel charme ! C'était

Par une nuit d'automne !