Les pigeons

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Messagers de la France,

Allez, blancs voyageurs,

Et de la délivrance

Annoncez l'espérance !

Promettez des vengeurs !

Ranimez les courages !

Volez, fendez les airs,

A l'abri des naufrages,

Par de là les orages,

Au-dessus des éclairs !

En vain l'oiseau de proie

D'un œil perçant vous suit ;

Que votre aile avec joie

Dans les cieux se déploie…

C'est Dieu qui vous conduit !

Bravez les balles vaines ;

Suivez votre souci ;

Passez les monts, les plaines

Allez où sont vos peines…

Et les nôtres aussi !

Volez, oiseaux fidèles,

Seuls amis des Français !

Vous portez sous vos ailes

Les premières nouvelles

De nos premiers succès !

Far vous la France crie :

« Ma racé de vainqueurs

» N'est pas encor tarie !… »

Vous portez la patrie !

Vous rapprochez les cœurs !

La colère divine,

Un jour, nous dévolut

L'aigle, Dieu d'origine ;

Il fut notre ruine ;

Soyez notre salut !

En vous hâtant vers celle

Qui reste au pigeonnier,

Vous croyez que c'est elle

Qui pleure et vous appelle ?…

Non ! c'est un peuple entier !

Tout un peuple en alarmes,

Qui vous guette au réveil !

Faites, à ce bruit d'armes,

Luire à travers ses larmes

Un rayon de soleil ! —

« C'est un ramier !… » va croire,

En le suivant des yeux,

Un nocher de la Loire ;

Non ! c'est une victoire

Qui passe dans les cieux !