Les poêles mobiles
Written 1886-01-01 - 1886-01-01
Le poêle, c'est l'ami qui, dans la froide chambre,
Triomphant des frimas nous fait croire aux beaux jours.
Sou ardente chaleur nous ranime en décembre
Et sous le ciel glacé réchauffe nos amours !
Au printemps, lorsque la pervenche
Fleurit bleu, sous les arbres verts,
Et que la jeune rose penche
Ses boutons à peine entr'ouverts,
O poêle, tu n'es plus le charme de nos veilles :
Il te chasse bien loin, le souffle printanier.
Et la morte-saison te relègue au grenier,
Où, seul et triste, tu sommeilles !…
Mais maintenant, plus de verdure,
Plus de soleil, et plus de fleurs !
Voici que revient la froidure,
La froidure aux pâles couleurs.
Chauffez-vous, frêles Parisiennes,
Puisque le gazon n'est plus vert.
Tandis qu'à travers vos persiennes
Siffle le triste vent d'hiver !
Du feu, pour que vos lèvres roses
Trouvent des baisers plus ardents !
Du feu, pour qu'en vos chambres closes
L'amour demeure plus longtemps.