Les raisins

By Louis Bouilhet

Written 1859-01-01 - 1859-01-01

Dans la vigne, au mur étalée,

La lune glisse lentement,

Et, sous la feuille dentelée,

Caresse le raisin dormant.

Tout à coup la grappe en alerte

S'éveille et croit le jour venu ;

Chaque grain, gonflant sa peau verte,

Frissonne au vent comme un sein nu.

Chaque bourgeon, rouge de honte,

Semble une perle de corail ;

Le tronc frémit, la sève monte,

Toute la vigne est en travail.

Clarté menteuse ! erreur fatale !

O vigne, reprends ton sommeil ;

Ce n'est point à ce reflet pâle

Que ton sang deviendra vermeil.

Pampres pressés, attendez l'heure,

L'aube du jour est loin encor,

Et ce rayon qui vous effleure

Est plus froid qu'un baiser de mort !