Les regrets

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

J’ai tout perdu ! mon enfant par la mort,

Et dans quel temps ! mon ami par l’absence,

Je n’ose dire, hélas ! par l’inconstance ;

Ce doute est le seul bien que m’ait laissé le sort.

Mais cet enfant, cet orgueil de mon âme,

Je ne le devrai plus qu’aux erreurs du sommeil ;

De ses beaux yeux j’ai vu mourir la flamme,

Fermés par le repos qui n’a point de réveil.

Comme échappé du ciel, il passa dans le monde ;

D’un ange il y montra la forme et les attraits.

Pour payer ce moment de douceur sans seconde

Mes pleurs doivent couler pour ne tarir jamais !

Tu t’es enfui, doux trésor d’une mère,

Gage adoré de mes tristes amours ;

Tes beaux yeux, en s’ouvrant un jour à la lumière,

Ont condamné les miens à te pleurer toujours.

À mes transports tu venais de sourire ;

Mes bras tremblants entouraient ton berceau ;

Le sommeil me surprit dans cet heureux délire…

Je m’éveillai sur un tombeau.

Moment affreux dont je suis obsédée,

Pour vous tracer je n’ai force ni voix.

Faut-il le perdre, à toute heure, en idée !

Mon Dieu ! pour en mourir c’est assez d’une fois !

C’est ici, sous ces fleurs, qu’il m’attend, qu’il repose

C’est ici que mon cœur se consume avec lui.

Amour, plains-tu les maux où ton délire expose ?

Non ! tu nous fuis, ingrat, quand le bonheur a fui.