Les regrets d'un infidèle
Written 1801-01-01 - 1815-01-01
Oui, c'en est fait, Isore, un sentiment vainqueur
Triomphe du nœud qui nous lie !
Pauvre Isore ! j'ai vu Délie :
Délie a tous mes vœux, Délie a tout mon cœur.
Et, tandis que la nuit obscure
Protége, loin de toi, nos muets entretiens ;
Tandis que ma bouche parjure
Appelle des baisers qui ne sont plus les tiens,
Aux tremblantes lueurs d'une lampe affaiblie
Tu relis le dernier serment
De l'infidèle qui t'oublie ;
Tu songes à l'amour, et tu n'as plus d'amant !
Je suis déjà puni. Ta rivale a des charmes…
Eh bien ! ton souvenir est encor plus puissant.
Je te pleure en te trahissant :
La légère inconstance a donc aussi des larmes !
Jamais, hélas ! oh ! non, jamais
L'orgueilleuse beauté que malgré moi j'adore
N'aimera comme tu m'aimais ;
Je le sais, et pourtant je le fuis, pauvre Isore !
Ta confiance encore ajoute à mon malheur.
Parfois, sortant des bras de la rivale heureuse,
Fatigué des transports d'une nuit amoureuse,
Je t'aborde, l'air vague et le front sans couleur :
N'importe ! Loin de toi toute crainte est bannie ;
Tu ne soupçonnes pas l'infidèle insomnie
Qui sur mes traits changés imprime la pâleur ;
Seulement ta bouche m'accuse
De consumer ma vie au sein des longs travaux,
Et de consacrer à ma muse
L'heure où le doux sommeil balance ses pavots.
Je souris tristement à l'erreur qui t'abuse.
Mais lorsque tu me dis : « Je compte sur ta foi ;
Ne m'abandonne pas, je me confie à toi, »
Alors mon cœur succombe au trouble qui l'oppresse ;
Je sens l'aveu cruel s'échapper à moitié ;
Et toi, tu crois à ma tendresse,
Qui n'est plus que de la pitié.
Quand finira l'erreur dont tu jouis encore,
Combien de larmes vont couler !
Je plaindrai tes douleurs. et, sans les consoler,
Je répéterai : « Pauvre Isore !… »
Périsse, périsse le jour
Où la fière Délie usurpa ton empire !
Périssent ses attraits et son fatal sourire !
Périsse même son amour !
Qu'ai-je dit ? Peut-être Délie
Un jour d'Isore en pleurs vengera l'abandon :
Oublié comme je t'oublie,
Je viendrai, douce Isore, implorer un pardon ;
Mais en vain : le dieu qui console,
Le temps aura donné ton cœur
A quelque autre amant moins frivole,
Et plus digne de son bonheur.