Les Regrets

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Au crépuscule mauve au delà de la haie

Où l’épine à la fleur survit avec la baie,

La Colère a passé, ce soir, sur le chemin,

Hautaine avec la torche et le glaive à la main,

Et l’Orgueil la suivait pas à pas et la Haine

Et l’Amour qui fit signe à mon âme incertaine ;

Il a tourné la tête et j’aurais pu le suivre…

L’heure du sablier sonnait à la clepsydre

Dans ma calme maison par la porte entr’ouverte ;

Et j’ai vu, sur le sable pâle et l’herbe verte,

Avec l’ombre du toit, l’ombre du vieux cyprès ;

Et toute la douceur juste du jardin frais

Est jusqu’à moi venue avec l’odeur des mousses,

Et j’ai pensé, parmi la paix des choses douces,

À ma flûte d’ébène et à ma flûte d’or

Et à mon verre de cristal où jusqu’au bord

L’eau fraîche fait perler une sueur de givre ;

J’ai vu le sablier auprès de la clepsydre

Et la vie à jamais la même et j’ai pleuré

De ce que seul d’entre eux l’Amour ne fût entré,

Car la flûte, la faulx, la serpe et l’arrosoir

Sont tristes quelquefois à qui marche, le soir,

Silencieux et que la fontaine s’est tue,

Autour du buis taillé qui borde les laitues.

Au crépuscule mauve au delà de la haie

Où l’épine à la fleur survit avec la baie,

La Colère a passé, ce soir, sur le chemin,

Hautaine avec la torche et le glaive à la main,

Et l’Orgueil la suivait pas à pas et la Haine

Et l’Amour qui fit signe à mon âme incertaine ;

Il a tourné la tête et j’aurais pu le suivre…

L’heure du sablier sonnait à la clepsydre

Dans ma calme maison par la porte entr’ouverte ;

Et j’ai vu, sur le sable pâle et l’herbe verte,

Avec l’ombre du toit, l’ombre du vieux cyprès ;

Et toute la douceur juste du jardin frais

Est jusqu’à moi venue avec l’odeur des mousses,

Et j’ai pensé, parmi la paix des choses douces,

À ma flûte d’ébène et à ma flûte d’or

Et à mon verre de cristal où jusqu’au bord

L’eau fraîche fait perler une sueur de givre ;

J’ai vu le sablier auprès de la clepsydre

Et la vie à jamais la même et j’ai pleuré

De ce que seul d’entre eux l’Amour ne fût entré,

Car la flûte, la faulx, la serpe et l’arrosoir

Sont tristes quelquefois à qui marche, le soir,

Silencieux et que la fontaine s’est tue,

Autour du buis taillé qui borde les laitues.