Les revenants

By Renée Vivien

Written 1903-01-01 - 1903-01-01

Dans les miroirs j’ai vu des reflets de visages,

Un vent mystérieux a gonflé les rideaux,

Le soir frémit encor de tragiques passages,

L’horreur de l’Invisible a pénétré mes os.

La mémoire de l’ombre évoque une Étranglée

Aux yeux d’effroi, qui porte, ainsi que des rougeurs

De baisers trop fervents sur la chair martelée,

L’empreinte sans pitié de cruels doigts vengeurs.

Une Noyée attend le reflux, et j’écoute,

Tandis que se prolonge un patient travail

De remous, l’eau de mer qui pleure goutte à goutte

De ses cheveux mêlés d’écume et de corail.

Oh ! la beauté funèbre aux visages des Mortes !

Elles glissent, ainsi qu’un rayon nébuleux,

Sous leurs voiles légers, laissant au seuil des portes

D’irréelles lueurs de clairs de lune bleus.

L’heure des Revenants fait tressaillir les cloches.

Ils songent tristement, leurs sanglots ont le bruit

D’une vague tardive expirant sur les roches.

Ils souffrent de passer inconnus dans la nuit.

Leurs impuissantes mains ont de vaines caresses.

À travers l’Autrefois, ils reviennent, liés

Par le ressouvenir des anciennes tendresses,

Et frôlent les vivants qui les ont oubliés.