Les romans

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Tu veux que pour toi je compose

Un long roman qui fasse effet.

À tes vœux ma raison s'oppose ;

Un long roman n'est plus mon fait.

Quand l'homme est loin de son aurore,

Tous les romans deviennent courts ;

Et je ne puis long-temps encore

Prolonger celui des amours.

Heureux qui peut dans sa maîtresse

Trouver l'amitié d'une sœur !

Des plaisirs je te dois l'ivresse,

Et des tendres soins la douceur.

Des héros, des prétendus sages

Les longs romans, qui font pitié,

Ne vaudront jamais quelques pages

Du doux roman de l'amitié.

Triste roman que notre histoire !

Mais, Sophie, au sein des amours,

De ton destin, j'aime à le croire,

Les plaisirs charmeront le cours.

Ah ! Puisses-tu, vive et jolie,

Long-temps te couronner de fleurs,

Et sur le roman de la vie

Ne jamais répandre de pleurs !