Les Roses du Harem

By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

LE Calife, aux accents des musiques de fête,

Un soir, dans le harem, parlait à son poète.

Les roses de Bagdad, rouges comme du sang,

Ornaient un bassin d'or de leur éclat puissant.

Et le maître, admirant leurs corolles écloses : «

Flambeau de l'univers, poète, sur ces roses

Compose-moi, dit-il, un distique savant. »

Et le poète alors répondit en rêvant : «

Elles ont la couleur que sur un front de femme,

Quand paraît sou amant, met la pudeur de l'âme. »

Or une favorite au regard enflammé,

Se rapprochant d'Haroun, cria : « Mon bien-aimé,

Ce distique trop froid décolore les choses ;

J'ai de quoi peindre mieux le feu pourpre des roses,

Car, moi, de mes désirs j'y vois le rouge essaim

Lorsque tu fais tomber le voile de mon sein ! »