Les rubans de marie

By Alexandre Ducros

Written 1854-01-01 - 1854-01-01

Elle dort. Une lampe éclaire son visage ;

Son front n'est obscurci par aucun noir nuage :

Rien ne trouble sa paix — ni sa sérénité. '

Elle a prié ce soir, et, maintenant, son rêve,

De ses travaux du jour douce et paisible trêve,

Emporte son esprit vers un monde enchanté.

Du Dieu qu'elle a prié son regard voit la face.

Parmi lès saints esprits il lui montre sa place ;

Elle court dans des champs semés d'or et d'azur

Ces spacieux jardins aux fleurs toujours nouvelles

Qui répandent au sein des sphères éternelles,

Comme pour louer Dieu, leur parfum le plus pur.

Son oreille attentive écoute l'harmonie

Et recueille les sons de la harpe, bénie

Qui vibre sous les doigts de mille séraphins.

A ce concert sacré, sa voix douce et craintive

Se mêle avec transport, et sa prière arrive

A Dieu, sur l'aile d'or des cantiques divins.

Rêve heureux ! et qui naît de sa jeune ignorance !

Rêve qui, chaque nuit, s'achève et recommence,

Oh ! tu n'es point de ceux qui viennent abuser.

L'âme que tu ravis, est comme un lac tranquille :

Nul remords ne la trouble, et tu la vois, docile,

S'endormir, s'éveiller au bruit d'un doux baiser.

Un baiser de sa mère ! Oh ! c'est tout ce qu'elle aime !

Pour elle, sa tendresse est divine et suprême !

— Son père, hélas ! son père est mort depuis longtemps.

Depuis, tout son amour s'est porté sur sa mère :

Pour elle ses baisers, pour elle sa prière ;

Pour elle, doux trésors ! les fleurs de son printemps.

Dans ses cheveux, elle a pour unique parure

Un simple ruban blanc, dont le pli s'aventure

Sur son sein, où la soie et l'or sont inconnus ;

Un ruban seulement et sa robe d'indienne,

Qui, de tant de beautés modeste gardienne,

Ne laisse contempler que ses bras demi-nus.

Auprès de la fenêtre, un oiseau dans sa cage,

Par ses chants de bonheur anime son ouvrage ;

L'aiguille diligente éloigne tout souci

De son seuil, où le pauvre, en recevant l'aumône,

Fait qu'une perle encor s'ajoute à la couronne

Que Dieu garde à cet ange, auquel il dit : merci !

Elle est heureuse ainsi ; qui peut troubler cet être ?

Elle marche au milieu du monde, sans connaître

Ce qu'il a de méchant, d'égoïste et de froid.

Les cailloux du chemin pour elle sont de sable ;

Sa candeur la défend ; la foule impitoyable

S'écarte avec respect sitôt qu'elle la voit.

Son travail la nourrit. — Elle est pauvre. — Sa mère

Ne peut plus travailler : dans une épreuve amère

Le Seigneur fit tomber ses membres engourdis.

Elle travaille et chante. — Oh ! va, Dieu te regarde,

Pauvre enfant ! et les chants ont fait de ta mansarde

Un nid joyeux et saint, un nouveau paradis.

Ton cœur ignore encor ce mal qui nous dévore,

Ce mal qu'on nomme amour, et que chacun adore.

Si ton front est rêveur, certes, ce n'est pas lui

Qui trouble tes instants et cause tes alarmes ;

A tes yeux si l'on voit se balancer deux larmes,

C'est que la mère, hélas ! a souffert aujourd'hui.

Non, non ; tu ne connais ni ses douleurs aiguës,

Ni ses nombreux accès de fièvres inconnues,

Ni son espoir d'un jour, qu'un autre jour détruit.

Non ; ton sommeil est calme et ton âme est sereine,

Par souffles mesurés s'échappe ton haleine.

Non ; — tu chantes le jour et tu rêves la nuit.

L'amour ? Et que t'importe à toi l'amour, pauvre ange ?

Ton cœur en possède un, un qui jamais ne change,

Un amour que du ciel Dieu bénit chaque jour ;

Tu le connais, enfant, car lui seul fait ta joie ;

Sur un être adoré tout ton cœur le déploie :

N'est-ce pas que ta mère est ton unique amour ?

De ton ruban chéri la couleur virginale

Nous le dit à chacun. — Oh ! l'aube matinale

A moins de pureté, moins de calme profond

Que tes jours écoulés dans cette paix obscure,

Et par ton ruban blanc, angélique parure,

L'image de ton cœur se reflète à ton front.

Je vous l'ai déjà dit : sur sa chaise de paille,

Libre, dès le matin, elle chante et travaille.

Ses sens dorment encor ; les vives passions

Au cœur de cette enfant sont loin d'être germées.

Sa joie est dans sa mère, et ses fleurs bien aimées,

Dans son beau ruban blanc et ses jeunes chansons.

Ton front est inquiet, Ô Marie ! et ta mère

Ne t'a pas entendu répéter la prière

Qu'ensemble, à ton chevet, vous faisiez le matin.

Bien des fois de tes doigts ton aiguille est tombée ;

Vis-à-vis ton regard erre à la dérobée,

Et ton oiseau tout seul a chanté son refrain.

Qu'as-tu ? quelle langueur décolore ta joue

Et quel esprit malin de ton repos se joue ?…

Hier encor tu riais, libre comme à seize ans ;

Mais ta mère va mieux, tu dois être joyeuse.

Es-tu malade ?… Non ! — Ma jeune soucieuse,

Pourquoi ce front rêveur et ces yeux languissants ?

D'où naît ce changement ? Regarde en ta demeure :

Gaie et contente hier, maintenant tout y pleure.

Pourquoi, mon Dieu, pourquoi ce subit abandon ?

Tu rougis !… ma question te trouble et t'embarrasse.

Tu te sens donc coupable ? Oh ! réponds-nous, de grâce

Toujours le repentir amène le pardon !

Tout auprès, vis-à-vis, dans une chambre étroite

Que l'été rend brûlante et l'hiver toute moite

D'humidité, depuis quinze jours environ

Habitait un jeune homme ; orphelin dès l'enfance,

Il n'avait pas connu sa mère ; à sa naissance,

Le signe du mépris avait meurtri son front !

Un soir, de bonnes gens avaient sur une pierre

Amassé cet enfant qui pleurait ; car sa mère,

Qu'on ne revit jamais, l'avait abandonné.

Ils en eurent pitié ; ses pleurs les attendrirent.

Ce que n'avait point fait une mère, ils le firent :

Ils donnèrent leur pain à l'enfant nouveau-né.

Plus tard, lorsqu'il grandit, il dut gagner sa vie.

Bien des fois il jetait un long regard d'envie

Sur les autres enfants dont il voyait les jeux.

Oh ! qu'il aurait aimé leur troupe fortunée !

Mais, l'ouvrage était là, son pain de la journée,

Et l'enfant retournait au chantier, soucieux.

— Toujours seul ! disait-il, jamais une voix douce ;

Celui que je voudrais pour ami me repousse,

Et je vais dévorer mes larmes à l'écart.

Je n'ai pas demandé pourtant, Seigneur, à naître

N'aurais-tu pas mieux fait de dérober à l'être

Le pauvre paria qu'on appelle bâtard !…

Louis — c'était son nom — voyait passer Marie ;

Il l'attendait le soir. C'était là de sa vie

Le seul bonheur, hélas ! — Marie, en souriant,

Lui donnait un bonsoir, lorsqu'elle entrait chez elle,

Et lui la contemplait : il la trouvait si belle,

Qu'il n'osait lui parler dans son ravissement !

Mais il était toujours placé sur son passage.

Un regard bienveillant lui donnait du courage.

— Si tu voulais m'aimer, ange murmurait-il,

Mais si bas, que lui seul l'entendait dans son âme ;

Si tu voulais m'aimer, de celte foule infâme

Je braverais l'affront ! — Comme la fleur d'avril

Dégage doucement l'écorce de sa tige

Et vient ouvrir son sein à l'oiseau qui voltige ;

Comme elle, douce enfant, je l'ouvrirais mon cœur,

Fermé jusqu'aujourd'hui. — De ton amour la force

Saurait briser, crois-moi, sa grossière écorce

Et serait le soleil qui fait naître la fleur !

Un jour, elle venait de rapporter l'ouvrage ;

Marie, en regardant, aperçut dans la cage

Un nouveau compagnon pour son oiseau chéri.

Deux ou trois jours avant, elle en fit la demande ;

Elle crut deviner de qui venait l'offrande.

Car cet oiseau portait son ruban favori.

— C'est toi, mère ! dit-elle. Oh ! je te remercie.

— Je ne te comprends pas ! Que me dis-tu, Marie ?

Dit la mère étonnée. Hélas ! depuis un mois,

Je n'ai pas, tu le sais, descendu dans la rue.

L'oiseau vient du voisin. — Ah ! fit Marie émue,

C'est le sien, car la cage est vide, lu le vois.

Le soir, lorsque Louis eut fini sa journée,

Marie, en rougissant (elle en fut étonnée),

Alla remercier son généreux voisin.

L'ouvrier, en l'écoutant, avait comme la fièvre.

Un mot : Oh ! je vous aime… ! échappa de sa lèvre,

Qui de la pauvre enfant vint effleurer la main.

Elle rêva la nuit !… Mais non plus ce beau songe

Dans lequel, chaque soir, le cœur en paix se plonge,

Car elle ne vit point le paradis et Dieu !

Cet aveu de Louis, le songe le répète :

Rêveuse le matin, elle mit sur sa tète,

Au lieu du ruban blanc, un autre ruban bleu !

— Un mois s'est écoulé depuis que, dans son âme,

Marie avait senti brûler une autre flamme

Et naître un autre amour qu'elle ignorait alors ;

Elle avait, à son tour, dit à Louis : Je t'aime !

Oh ! qu'il était heureux ! Pour cet aveu suprême,

Il n'aurait pas voulu les plus riches trésors.

Chaque jour apportait des moments pleins de charmes,

Car leur amour encore ignorait les alarmes ;

Ils s'enivraient ensemble à leur félicité.

Le présent était tout. L'avenir, chose obscure,

Ne venait point troubler leur félicité pure,

Car ils n'y songeaient point dans leur tranquillité.

Peut-être ignorez-vous, ma charmante Lectrice

(Je ne vous blâme pas et je vous rends justice ;

Votre cœur est trop pur) ; peut-être ignorez-vous

Tous ces mille tourments que l'amour fait d'une ombre,

Ces boutades et puis tous ces accords sans nombre

Que suscite l'amour pour peu qu'on soit jaloux.

C'était ainsi chez eux ; d'accord, brouillés encore ;

Et plus on est brouillé, mieux après on s'adore :

C'est la règle en amour, point d'uniformité ;

Un plaisir qu'on acquiert sans désirs est bien fade.

Mais je vous vois rougir de ma sotte incartade ;

Veuillez me pardonner cette immoralité…

L'ivresse de Louis ne peut pas se décrire.

Il avait ignoré jusqu'alors qu'un sourire,

Un mot, un seul regard, c'était là du bonheur.

— Oh ! merci ! disait-il, merci pour ta tendresse

Car elle a de mon cœur dissipé la tristesse

Et le nuage obscur qui pesait sur mon cœur.

Au seul bruit de ta voix, j'ai senti fuir le doute,

Et, prêt à succomber,' j'ai poursuivi ma route ;

Car, seul, abandonné, moi je voulais mourir.

Chacun me repoussait ; maintenant je veux vivre.

Tu m'aimes ! n'est-ce pas ? Oh ! ton amour m'enivre ;

J'ai vécu de douleur, je mourrai de plaisir !….

En écoutant ces mots, Marie était heureuse.

Ils se voyaient une heure, heure délicieuse.

La mère ne prenait point garde à cet amour.

Vous savez… la vieillesse est toujours confiante ;

Et puis, ils parlaient d'elle, et leur flamme innocente

Lui promettait aussi bien du bonheur un jour.

— Louis, tu l'aimeras ? disait alors Marie.

— Je n'ai jamais connu de mère dans ma vie :

Elle m'en tiendra lieu… Tu vois je l'aimerai.

— Nous aurons bien soin d'elle. Oh ! c'est qu'elle est si bonne !

Nous n'aurons pas besoin, pour vivre, de personne :

Toi, tu travailleras ; moi, je la soignerai.

Hélas ! un jour, Louis rentra triste ; — des larmes

S'échappaient de ses yeux. — Quelles sont tes alarmes ?

Dit Marie effrayée. — Il faut partir demain !

Répondit le jeune homme — Eh ! pourquoi donc ? — L'armée

Me réclame. — Soldat ! fit Marie accablée….

Et son front abattu s'inclina sur sa main.

Il partit… Et Marie, en comptant les journées

Attendait son retour. Il fallait sept années

Avant qu'il ne revînt au pays. C'était long !

Et nous vivions alors dans ces jours où la guerre

Du bruit de ses canons épouvantait la terre,

Où les rois pâlissaient devant Napoléon.

Elle attendait toujours et prenait du courage ;

Un bruit dans l'escalier suspendait son ouvrage,

Elle y courait alors. — Mon Dieu ! ce n'est pas lui !

Disait, en remontant, la pauvre jeune fille.

Puis elle murmurait,en reprenant l'aiguille : —

Je crois que.cela fait juste un an aujourd'hui.

Elle continuait : — Je veux être jolie,

Je veux qu'à son retour il me trouve embellie.

Si Louis aujourd'hui, mon Dieu, pouvait me voir

Comme il serait content ! Je suis encor plus belle

Chaque minute, aussi, toujours la trouvait-elle

Consultant le reflet de son petit miroir.

Il sera général à son retour, peut-être !

Disait la pauvre enfant courant à la fenêtre,

En écoutant un bruit qu'on entendait dehors.

Il sera général ! Comme je serai fière !

Elle attendait toujours sans savoir, pauvre ouvrière,

Que la gloire souvent n'escorte que les morts.

Enfin, elle attendait, tantôt triste ou joyeuse,

Gaie ou sombre aujourd'hui, demain triste ou rieuse.

Le seuil de sa mansarde était toujours ouvert,

Comme on fait pour quelqu'un qu'on attend à toute heure »

Ses yeux semblaient chercher l'absent clans sa demeure,

Et dans ses cheveux blonds brillait un ruban vert.

Le clairon a sonné… tout s'émeut et tout tremble.

On dirait un seul homme à voir tout cet ensemble

De mille bataillons marchant à rangs serrés…

Le silence est partout. L'heure d'une bataille

Répand un morne effroi. Mais bientôt la mitraille

Dissipe la terreur de ces fronts assurés.

Ils vaincront ou mourront ! En avant !… La victoire

Leur est promise à tous. Ils couvriront de gloire

Et d'immortalité leurs drapeaux triomphants.

D'où leur vient donc ainsi celte noble assurance ?

Qui les guide ? Un génie a fait, par sa présence,

Passer d'un seul coup d'œil la victoire en leurs rangs.

Un seul coup d'œil, un geste, un signe, une parole,

Celle qui fit franchir d'un bond le pont d'Arcole ;

Car ce génie était le vainqueur d'Austerlitz !

C'était Napoléon ! qui, ravageant la terre,

Dans ses vastes desseins avait rêvé de faire

Des couronnes des rois des jouets pour son fils.

En avant ! en avant ! la fanfare résonne.

Par cent bouches d'airain la mort s'élance et tonne,

Et le champ de bataille est jonché de mourants.

En avant ! vieux soldat, quelles sont donc tes craintes ?

N'entends-tu pas ces cris de victoire et de plaintes,

Cet horrible concert que font des combattants ?

Napoléon est là ; son regard, regard d'aigle,

Mesure tous les plans ; il court, il vient, il règle

Les chances du succès. Il a vu ta valeur,

Il te fait signe ; approche ! et que ton front s'incline.

Pour payer ton courage, il va, sur la poitrine,

Faire luire, soldat, l'étoile de l'honneur.

Va te faire tuer, maintenant, que t'importe !

Tu jetteras encor, d'une voix assez forte,

Un cri d'enthousiasme, et vive l'Empereur !

Mais les rangs ennemis faiblissent et s'affaissent ;

Leurs derniers bataillons devant vous disparaissent ;

Napoléon encor se promène vainqueur !

Mais que de morts, mon Dieu ! dorment dans la poussière

Qui pourrait les compter ? Leurs corps couvrent la terre ;

A l'appel du clairon ils ne répondront plus.

Un lourd sommeil de plomb pèse sur leur paupière ;

Ils ne reverront plus leurs parents, leur chaumière

Où depuis si longtemps ils étaient attendus !…

Retournons maintenant à la pauvre Marie.

Que fait-elle ? Elle attend, elle croit, elle prie.

Un noir pressentiment attriste son amour ;

— Oh ! s'il était tué ! — se disait-elle émue.

Un jour, elle descend, en courant, dans la rue :

Elle avait entendu comme un bruit de tambour.

Un régiment passait. — C'est le sien !… cria-t-elle. —

Il revient donc, enfin ! Et puis elle chancelle,

Car Louis n'était pas parmi tous ces soldats.

Elle s'informe, alors, elle demande et pleure.

— Avez-vous vu Louis ? Pourquoi donc à cette heure

N'est-il pas' avec vous ? — On ne répondait pas.

— Parlez, dites un mot ; j'étais sa sœur chérie,

Sa compagne, son bien, le bonheur de sa vie.

Vous voulez m'effrayer, Messieurs, vous avez tort

Tenez, je ris ; parlez, déjà l'heure s'écoule ;

Pourquoi retardez-vous mon bonheur ? — De la foule

Une voix s'échappa, disant : — Louis est mort !…

— Mort !!… — Ce cri de l'enfant fut la seule parole,

Et puis elle tomba pour se relever folle.

Lorsque de sa mansarde elle prit le chemin,

Ses yeux étaient hagards ; pas une plainte amère

Ne sortait de sa bouche ; elle embrassa sa mère

Qui, quelques jours après, expirait de chagrin !

Oh ! comme tout était changé dans la mansarde !

Plus de chant, plus d'ouvrage, et la lueur blafarde

D'une lampe éclairait tout ce morne abandon.

Les voisins, par pitié, secouraient la misère

De Marie, accroupie au foyer solitaire,

Et qui semblait n'avoir retenu qu'un seul nom.

La nuit, on l'entendait parfois à sa fenêtre

Pousser un long éclat de rire. — Il va paraître !

Criait-elle aux passants… Il revient aujourd'hui !…

Parfois, elle arrêtait un soldat au passage ;

Elle le regardait en dessous du visage,

Puis, le laissait aller, disant : — Ce n'est pas lui.

Elle avait enlevé, dans un moment lucide,

Son ruban vert, hélas ! de tant de pleurs humide

A quoi bon désormais l'emblème de l'espoir !

Seulement et parfois, aux jeunes amoureuses,

De leur bonheur présent si fières, si joyeuses,

Elle montrait un ruban noir !!!