Les saisons nues

By Henri Vendel

Written 1945-01-01 - 1945-01-01

Les champs me livrent aux Saisons. Elles vont nues

et rien ne cache, à mes yeux effrayés, leur fuite :

pas un amour, pas un combat, aucune nue.

Les heures lentes à venir, comme elles quittent

nos regards ! Se peut-il que déjà les moissons,

dans le soir plus hâtif, cèdent place aux éteules ?

On veut que le temps passe, et, soudain, quel frisson !

Bientôt, sur le plateau, s'élèveront les meules,

mais quel grain sauverai-je ? ou quelle paille ? Dieu

m'offre-t-il vainement, de ses deux mains, le monde ?

Ah ! saisir, arrêter la course du ciel bleu !

Cet ample amas de fruits, de fleurs, n'est-ce qu'une onde,

et mes jours, et mon corps ? Tout s'écoule, je sais.

Du moins, permettez-moi de cueillir à brassées,

puisque vous m'avez fait ces craintives vacances,

Seigneur, tant de vos dons que le passant dédaigne !

N'est-il fleuri de mélilot, de centaurée, d'immense

azur, le, vieux chemin qui mène à votre règne ?