Les statues

By Henri Régnier

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Les feuilles, une à une, et le temps, heure à heure,

Tombent dans le bassin dont le jet d'eau larmoie ;

Iphigénie en sang près d'Hélène de Troie,

Danaé, Antigone, Ariane qui pleure,

Marbres purs que le vent soufflette ou qu'il effleure !

Si le torse se cambre ou si la tête ploie,

Héroïque au destin qui caresse ou rudoie,

La statue aux yeux blancs persévère ou demeure.

L'éternelle beauté subsiste à jamais belle.

Le Silence a ployé le crêpe de son aile

Et songe, assis, le coude au socle où il inscrit

Le nom de l'héroïne énergique ou morose

Qui dérobe un sourire ou cache un sein meurtri

Derrière les cyprès ou derrière des roses.