Les stigmates

By Pierre Louÿs

Written 1888-01-01 - 1920-01-01

Sous la dalmatique bleue et blanche

Elle a passé, les bras tendus,

Laissant pendre au fil de sa hanche

Les écharpes d’ombre à flots perdus.

De longues brumes horizontales

S’élevaient sur les encensoirs.

Des lys blancs teignaient leurs pétales

Aux rougissantes pudeurs des soirs.

Elle a gravi, les yeux aux lumières,

Vers les ciboires inconnus,

Les sept marches d’or, coutumières

Des purs genoux blancs et des pieds nus.

Lentement, elle est montée au faîte,

Les bras croisés, baissés les yeux,

Avec les rayons du prophète

Divergés de son front radieux.

Or voici : toute la cathédrale

Murmurante au bruit de ses pas

Chantait : C’est la passion lustrale.

Les mécréants ne sauront pas.

Offre à Jésus tes lèvres pour myrrhe

Offre ton souffle pour encens

Offre tes yeux d’eau vive où se mire

L’ombre des soirs incandescents

Offre ta maigreur mystique, ô Vierge,

Long-vêtue en tes purs cheveux

Ton long corps blanc brûlé comme un cierge,

En holocauste au dieu des vœux.

Dans la chaleur des eucharisties

Avec le geste triomphant

De tendre à Dieu deux vierges hosties

Deux grands cœurs de mère et d’enfant.

Et splendide comme une idole

Laissant palpiter sur tes bras blonds

Tes cheveux brodés pour étole…

Levant les mains vers les vitraux longs

Retourne-toi, haute et nimbée

Ô Vierge, Mère, pur Cœur de feu

Âme à tout jamais absorbée

Par l’extase épuisante vers Dieu

Et, noire sur l’aube indécise

Les pieds joints et les yeux éperdus

Telle que saint François d’Assise

Stigmatisé les bras étendus.

Montre de tes mains sibyllines

— D’horreur et d’orgueil les doigts ailés —

La trace des lèvres divines

Aux pointes de tes seins étoilés.