Les Trois Roses

By François Coppée

Written 1906-01-01 - 1906-01-01

LE printemps triomphe soudain,

Et trois roses, dans le jardin,

Se sont ouvertes ce matin.

Nouvelles roses de l'année

Qui ne vivrez qu'une journée,

Dites-moi votre destinée.

— Moi, dit l'une, don d'un amant,

Dans la tiédeur d'un sein charmant,

Je dois mourir languissamment.

L'autre a dit : — Dans le cimetière,

Je dois, près d'un nom sur la pierre,

Jeter mon haleine dernière.

Et la troisième a dit : — Le choix

De mon sort est meilleur. Je dois

M'exhaler au pied de la Croix.

Je songe avec mélancolie

A l'amour, si brève folie,

Aux morts que trop vite on oublie.

Fleurs des amants, fleurs des défunts,

Hélas ! vos destins sont communs.

Ils se dissipent, vos parfums.

Roses tout à l'heure fleuries,

Vous me semblez déjà flétries,

Excepté toi, rose qui pries.

Car ton âme suave au Ciel

Va monter, rose de l'autel,

Et ton parfum est immortel.