Les Visiteuses

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

J’honore ici, venue au travers de mes songes.

Par les routes de ma mémoire, avec mon Ombre,

Celle-là qui sourit et qui porte en ses mains

L’Urne funèbre où sont mes jours et mes destins,

Cendre qui fut l’amour, cendre qui fut la gloire !

Victorieuse de la tragique victoire.

Cette Passante vient du fond de mon passé,

Souriante à demi de l’avoir traversé

Depuis ses cailloux durs jusqu’à ses fanges tièdes

Et ses fleuves et ses campagnes et ses herbes

Et ses vastes forêts vertes comme la mer !

Cette Passante vient des vergers de ma chair

Où jute le fruit doux auprès du fruit qui saigne,

Souriante elle a bu, penchée, à la fontaine

De mes heures et pour y boire elle a souri,

Car ni le Faune ardent, ni l’herbe qui fleurit

Vénéneuse et sournoise avec ses fleurs naïves,

La morsure, ni le baiser, ni les eaux vives

Qui chantent tendrement avec des rires, ni

L’embûche des bois où le Centaure hennit,

Et l’antre d’où l’écho appelle les passantes,

Rien n’a troublé ses pas prudents et ses mains lentes,

Compagne qui menait quelqu’un par les chemins,

Côte à côte, et voici qui portent à leurs mains,

Toutes deux, au retour, ce soir. Elle et mon Ombre,

L’une l’Urne funèbre et l’autre la Colombe !

J’honore ici, venue au travers de mes songes.

Par les routes de ma mémoire, avec mon Ombre,

Celle-là qui sourit et qui porte en ses mains

L’Urne funèbre où sont mes jours et mes destins,

Cendre qui fut l’amour, cendre qui fut la gloire !

Victorieuse de la tragique victoire.

Cette Passante vient du fond de mon passé,

Souriante à demi de l’avoir traversé

Depuis ses cailloux durs jusqu’à ses fanges tièdes

Et ses fleuves et ses campagnes et ses herbes

Et ses vastes forêts vertes comme la mer !

Cette Passante vient des vergers de ma chair

Où jute le fruit doux auprès du fruit qui saigne,

Souriante elle a bu, penchée, à la fontaine

De mes heures et pour y boire elle a souri,

Car ni le Faune ardent, ni l’herbe qui fleurit

Vénéneuse et sournoise avec ses fleurs naïves,

La morsure, ni le baiser, ni les eaux vives

Qui chantent tendrement avec des rires, ni

L’embûche des bois où le Centaure hennit,

Et l’antre d’où l’écho appelle les passantes,

Rien n’a troublé ses pas prudents et ses mains lentes,

Compagne qui menait quelqu’un par les chemins,

Côte à côte, et voici qui portent à leurs mains,

Toutes deux, au retour, ce soir. Elle et mon Ombre,

L’une l’Urne funèbre et l’autre la Colombe !