L'été à coutances

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Ah ! l'équinoxe cherche noise

Au solstice, et ce juin charmant

Nous offre une bise sournoise ;

L'été de Neustrie est normand !

Notre été chicane et querelle ;

Son sourire aime à nous leurrer ;

Il se, rétracte ; il tonne, il grêle ;

Il pleut, manière de pleurer.

Mais qu'importe ! entre deux orages,

Ses rayons glissent, fiers vainqueurs,

Et la pourpre est dans les nuages,

Et le triomphe est dans les cœurs.

Cette grande herbe est mon empire.

Je suis l'amant mystérieux

De l'âme obscure qui soupire

Au fond des bois, au fond des cieux !

Je suis roi chez les fleurs vermeilles.

Quelle extase d'être mêlé

Aux oiseaux, aux vents, aux abeilles,

Au vague essor du monde ailé !

L'arbre creux vous offre une chaise ;

L'iris vous suit de son œil bleu ;

On contemple ; il semble qu'on baise

Le bord de la robe de Dieu.