L'Étoile du matin

By Auguste Lacaussade

Written 1839-01-01 - 1839-01-01

Lorsque tu souris à la terre,

Brillante étoile du matin,

Amant du calme et du mystère,

Que de fois je viens solitaire

Rêver à ton rayon lointain.

Marchant silencieux dans l'ombre,

Loin de tous les regards jaloux,

J'erre au hasard ainsi qu'une ombre,

Au reflet pâlissant et sombre

Dont se revêt ton front si doux.

Que j'aime à baigner ma paupière

Dans la molle et faible clarté,

Dans la vaporeuse lumière,

Dont tu remplis en ta carrière

Le vide de l'immensité !

Quand mon triste regard se lève

Pour te voir dans le firmament,

Dans mon sein ta lumière élève

Le vague enchantement d'un rêve,

Dont s'abreuve mon cœur aimant.

Je crois voir la céleste image

D'un ange au front candide et pur,

Comme une sylphide volage,

Se bercer au sein d'un nuage

Dont ses pieds effleurent l'azur.

Je crois voit, l'amoureux Zéphyre

Sur ses pas divins voltiger ;

Et, plein du charme qui l'attire,

La caresser dans son délire

De son souffle doux et léger ;

Puis, de son haleine amoureuse,

Soulevant des plis onduleux,

Fuir sous sa robe vaporeuse,

Que l'étoile mystérieuse

Blanchit mollement de ses feux.

Descends, descends, forme angélique,

Descends, bel ange de bonheur,

Et sur mon front mélancolique

Viens ouvrir ton aile pudique

Et te reposer sur mon cœur !

C'est l'heure où le zéphyr s'envole

Et se balance auprès des fleurs,

Pour murmurer dans leur corolle

Sa voluptueuse parole

Et s'enivrer de leurs odeurs.

C'est l'heure où la brise plaintive

Caresse les rameaux des bois ;

Où l'onde errante et fugitive,

Baisant le gazon de sa rive,

Élève une amoureuse voix ;

Où la timide tourterelle,

D'un œil entr'ouvert et charmé,

Regarde sommeiller près d'elle

Et voile du bout de son aile

Le front blanc de son bien-aimé ;

Où, s'appuyant calme et charmante

Sur ses bras mollement posés,

Ivre d'amour, la jeune amante

Répand sur une bouche aimante

Le plus doux miel de ses baisers.

C'est l'heure où l'onde qui murmure,

Où le Zéphyr et la beauté,

Où la fleur odorante et pure,

Où tout enfin dans la nature

Semble frémir de volupté.

Et moi dont l'âme surabonde

D'un céleste parfum d'amour,

Je n'ai pas un cœur dans ce monde

Où reposer ma tête blonde,

Qu'inclinent les ennuis du jour !

Descends, descends, forme angélique,

Descends, bel ange de bonheur ;

Et sur mon front mélancolique

Viens ouvrir ton aile pudique

Et te reposer sur mon cœur !