Lettre à Berthel

By Auguste Brizeux

Written 1874-01-01 - 1874-01-01

ÉCRIS - MOI, mon ami, si devant ta faucille

Le seigle mûr de couleuvres fourmille ;

Dis-moi, brave Berthel, si les chiens altérés

Errent par bande aux montagnes d’Arrez.

Hélas ! durant ce mois d’ardente canicule,

Tout fermente ; et partout un noir venin circule.

Pour charmer les serpents tu m’as dit tes chansons :

Quand, dressés sur la queue, ils sifflent prêts à mordre,

On siffle ; eux de rentrer leur dard et de se tordre,

Et, charmés, de s’étendre aux rebords des buissons.

Ainsi, d’un pied hardi je vais dans la campagne.

Puis je porte à la main un bâton de Bretagne

(De nœuds égaux formé, garni d’un bout de fer) :

La fougère suffit pour trancher les couleuvres ;

Mais les chiens dans ce mois errent, je crains leurs œuvres,

Eux craignent mon bâton lorsqu’il tourne dans l’air.

Écris-moi, mon ami, si devant ta faucille

Le seigle mûr de couleuvres fourmille ;

Dis-moi, brave Berthel, si les chiens altérés

Errent par bande aux montagnes d’Arrez.