Leurs Lèvres

By Théodore Banville

Written 1878-01-01 - 1878-01-01

Quand vient le jour pareil au jour

De bonheur et d'orgueil en fête,

Où ta mère pleurait d'amour

En contemplant ta chère tête ;

Quand renaît le jour où tu vins,

Comme Dieu l'exige, ô mystère !

De la clarté des cieux divins

Aimer et pleurer sur la terre ;

Alors, pareil à l'exilé

Qui, lorsqu'il revoit sa patrie,

Marche tranquille et consolé,

Ce jour-là, mère, hélas ! meurtrie,

Je vois ma sœur au front charmant

Et les deux yeux bleus de mon père,

Et ce n'est pas moi seulement

Qui dis à ton oreille : Espère !

Ah ! de nos fronts endoloris

Que les vaines craintes s'envolent !

Tous ceux que nous avons chéris

A la même heure nous consolent.

Pour nous rendre forts et joyeux,

Leur cœur, leur esprit, leur bravoure

Et leur souffle silencieux

Vivent dans l'air qui nous entoure.

Dans le parfum léger des fleurs

Une vague haleine soupire ;

C'est leur voix. A travers nos pleurs

Glisse un rayon : c'est leur sourire,

Et pour que leur calme baiser

Nous réchauffe à ses douces flammes,

Je sens leurs lèvres se poser

Délicatement sur nos âmes.