L’exil

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Viens, mon jeune époux,

Quittons ce rivage ;

Viens ! j’ai du courage,

Et te suivre est doux.

Au temps, où tout passe,

Confions nos maux :

Il faut peu d’espace

Pour un long repos !

Sur ton cœur de père

Prends ton premier-né ;

Au bonheur, j’espère

Dieu l’a destiné.

Quand l’homme est en proie

Au dédain du sort,

Son enfant, sa joie

Lui sourit encor !

Laisse-moi mes filles,

Prix de mes douleurs,

Des humbles familles

Elles sont les fleurs.

Leur tendre sourire,

L’azur de leurs yeux,

Semblent-ils pas dire :

« Nous venons des cieux ;

Nous venons, ma mère,

Pour vous consoler

D’une larme amère

Que Dieu vit couler.

Si votre couronne

Commence à pâlir,

La nôtre rayonne

Pour vous embellir,

À travers vos peines

Dieu sema nos jours,

Et ses pures chaînes

Vous suivront toujours !

Quand les hirondelles

Affrontent le vent,

Leurs petits près d’elles

Voltigent souvent…

Quittons ce rivage ;

Viens, mon jeune époux.

Viens ! j’ai du courage,

Et te suivre est doux.