L’exilé

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Oui, je le sais, voilà des fleurs,

Des vallons, des ruisseaux, des prés et des feuillages :

Mais une onde plus pure et de plus verts ombrages

Enchantent ma pensée, et me coûtent des pleurs.

« Oui, je le vois, ces frais zéphyrs

Caressent en jouant de naïves bergères ;

Mais d’un zéphyr plus doux les haleines légères

Attirent loin de moi mon âme et mes soupirs.

« Ah ! je le sens, c’est que mon cœur,

Las d’envier ces bois, ces fleurs, cette prairie,

Demande, en gémissant, des fleurs à ma patrie :

Ici rien n’est à moi, si ce n’est ma douleur. »

Triste exilé, voilà ton sort ;

La plainte de l’écho m’a révélé ta peine.

Comme un oiseau captif, tu chantes dans ta chaîne ;

Comme un oiseau blessé, j’y joins un cri de mort.

Goûte l’espoir silencieux !

Tu reverras un jour le sol qui te rappelle ;

Mais rien ne doit changer ma douleur éternelle ;

Mon exil est le monde… et mon espoir aux cieux.